La Lettre circulaire de l'ASPF

13es rencontres de Cergy-Pontoise

13es rencontres des chercheurs en didactique de la littérature à l’Université de Cergy-Pontoise & IUFM - site de Gennevilliers - les 29, 30 et 31 mars 2012 (SE)


Les enseignants et les formateurs d’enseignants intéressés par toutes les questions liées à l’enseignement des littératures francophones ont l’occasion, depuis quelques années, de se rencontrer pour échanger à propos de leurs expériences, de faire connaitre leurs travaux et de mener des réflexions dans ce domaine. A l’origine de ces rencontres, une nécessité vécue par des didacticiens de l’espace francophone de créer une spécialité, une sous-section si l’on veut, dans le cadre de l’Association Internationale pour la Recherche en Didactique du Français (AIRDF). En effet, la spécificité de l’objet littéraire avait besoin d’être reconnue et la recherche dans ce champ ne demandait qu’à naitre. Si l’importance et la légitimité des enseignements littéraires vont de soi, peu de travaux de recherche décrivent les pratiques de classe réelles, peu traitent de leur place effective par rapport aux enseignements de langue, peu analysent les activités scolaires de lecture.
 Les précédentes rencontres ont tourné autour des finalités et des difficultés de cet enseignement. Après Louvain-la-Neuve, Bordeaux, Sousse, Genève et Rabat, c’est à l’université de Cergy-Pontoise, près de Paris, que revenait la tâche de mettre sur pied ces treizièmes rencontres avec pour thème :
“École et patrimoines littéraires : quelles tensions, quels usages aujourd’hui ?”
Le comité d’organisation pouvait se féliciter, à l’issue du colloque, d’avoir proposé 9 conférences et 16 ateliers présentant plus de 60 communications, d’avoir réuni près de 80 intervenants venus de 7 pays. Voilà pour les chiffres qui parlent d’eux-mêmes.
Cette année, la question du patrimoine littéraire était au centre des préoccupations, avec son cortège de questions.
- Comment l’école appréhende-t-elle le patrimoine littéraire ? Comment le construit-elle et le justifie-t-elle ? Comment l’utilise-t-elle pour fonder les valeurs qu’elle transmet ?
- Quell place occupe la notion de patrimoine littéraire dans les textes officiels, les plans d’étude et les programmes ?
- Comment les manuels scolaires, les ouvrages de référence, les supports matériels utilisés en classe véhiculent-ils et traduisent-ils cette notion ?
- En quoi la notion de patrimoine littéraire est-elle une construction idéologique et culturelle, en lien avec les divers contextes éducatifs dont elle est issue ?
- A quelles fins les oeuvres du patrimoine littéraire sont-elles sollicitées : fondation d’une culture commune ? intégration autour d’une langue partagée ? transmission de valeurs collectives ? légitimation de certains corpus ? mais aussi dans quelle mesure sont-elles dès lors émancipatrices de variations sociales ou porteuses de processus d’exclusion ?
- Comment varie le patrimoine en fonction des pays, des époques, des systèmes éucatifs ?
- Quelle est l’influence sur le patrimoine de l’émergence de la littérature de jeunesse, de la reconnaissance des paralittératures, de la constitution de corpus francophones ?
Ces questions pouvaient être envisagées et déclinées selon quatre axes définis par le comitlé scientifique : les supports (anciens et nouveaux, archives et brouillons d’écrivains, éditions et manuels scolaires, activités et exercices…), les valeurs (mémoire, morale, légitimité, qualité…), la recherche et la formation (leur rôle dans la transmission, la constitution et la définition des textes patrimoniaux), la lecture litéraire (lectures singulières et relation esthétique du lecteur : contradiction avec la patrimonialisation et  la construction d’une culture commune ?).
Il est bien évidemment impossible de rendre compte de l’ensemble des communications, d’autant que plusieurs ateliers se déroulaient en parallèle… mais si j’ai pu éveiller en vous de l’intérêt pour cette problématique, je vous donne rendez-vous dans la pochaine lettre où je vous résumerai le contenu de notre communication intitulée : «Quand La Fontaine s’invite en classe : enjeux didactiques des supports d’enseignement».


Serge ÉRARD,
chargé d’enseignement en didactiue du français à l’Institut Universitaire de Formation des Enseignants (IUFE), Genève
et membre du comité de l’ASPF

   

Brèves (BMR)

De B à B

Non, nous ne nous sommes pas mis à l’anglais! Le premier B est pour Berne, plus précisément la direction cantonale de l’instruction publique représentée par M. Bernhard Pulfer, son directeur. Et le deuxième pour Besançon, plus précisément l’académie de Besançon représentée par son recteur, M. Eric Martin. Le 17 février 2012, Pulver et Martin ont signé une convention de partenariat en faveur du développement des échanges scolaires entre les deux entités éducatives. Il s’agit, pour le canton de Berne, du premier partenariat de ce type avec un pays étranger, et pour la France, du premier accord avec un canton Suisse dans le domaine éducatif.
L’accord prévoit, en fonction des contextes propres à chaque territoire, des échanges d’élèves, d’enseignants et de cadres de l’éducation. Le domaine de la formation professionnelle constituera l’un des axes importants de ce partenariat.
La signature de la convention a eu lieu à la Résidence de France en présence de M. Alain Catta, Ambassadeur de France en Suisse (photo ci-après).

La fin du français?

C’est en tout cas ce que craint l’hebdo dans son dernier numéro de juin face à une popularité massivement régressive de la langue de Voltaire en Suisse allémanique, contrée par un engouement en forte croissance des Suisses romands pour la langue de Goethe. Si on regarde le nombre de séjours effectués par des jeunes filles au-pair suisses dans une autre région linguistique du pays, c’est vrai. Mais si on compare l’effet de la connaissance d’une deuxième langue nationale ou de l’anglais sur le salaire ou déjà sur les chances d’embauche, la deuxième langue nationale rapporte plus. Et les bilingues en langues nationales sont un des piliers de l’économie suisse: car le PIB chuterait de 10 %, s’ils devenaient monolingues du jour au lendemain.
Que faire, si on est prof de français? Essayons de valoriser les compétences orales, un atout qui privilégie également les enfants immigrés. Essayons également de rendre l’apprentissage de la langue un peu moins frustrant en profitant de la culture des ados pour ancrer nos propos: Stress et Stromae leur parlent bien plus que Racine et Molière, même si les éditions commentées modernes en facilitent bien l’étude. Ce sont en tout cas les conseils du directeur du français à la HEP de Zurich.

Rousseau toujours

C’est bien le moment d’attirer votre attention sur une exposition au MEG (musée ethnographique de Genève) qui a été ouverte le 15 juin 2012 et qui durera jusqu’au 23 juin 2013. Outre le mérite d’être accessible aux personnes en situation de handicap, cette expo offre des images, des objets, des textes, de la musique et même des films pour tenter de faire mieux comprendre Rousseau à travers son contexte quotidien et celui de son époque (cf la reproduction du frontispice du Discours sur l’inégalité ci-après) . Pourquoi pas combiner une excursion à Genève avec  vos élèves avec une visite au MEG Conches? Infos sur http://www.ville-ge.ch/meg/expo20.php.

 

   

Formation continue pur l’année 2012/3

Littératures francophones II (GMDR)

Le cours a pour but de familiariser les enseignants de toute la Suisse avec les littératures d’expression française hors de France. On fera la part belle à deux grands écrivains de Suisse romande à l’honneur cette années (125e anniversaire de la naissance de Blaise Cendrars et tricentenaire de celle de Jean-Jacques Rousseau), mais il s’ouvrira aussi largement à des aires littéraires traditionnellement moins balisées dans l’enseignement: la littérature belge contemporaine (avec comme angle d’attaque le thème de la ville en tant que lieu de résistance et d’identité) et l’Afrique noire francophone (en proie aux violences de la période postcoloniale).
D’une manière générale, le cours a pour but de souligner combien les littératures francophones, implantées sur plusieurs continents, offrent un extraordinaire condensé de la mondialisation et livrent une clé de lecture privilégiée du monde actuel.
Livres étudiés : «Vol à voile», Blaise Cendrars, Denoël, tome 9; «Une collection très particulière», Bernard Quiriny, Seuil, Paris, 2012; «Mathématiques congolaises», In Koli Jean Bofane, Actes Sud, 2008.
Objectifs: illustrer la vitalité et la diversité des littératures francophones, dégager des pistes didactiques.
Méthodes: ateliers, exposés, débats, visites d’expositions.
Public cible: Professeurs de français (langue 1 et 2)
Lieux: Lausanne et Genève
Dates: Me 07.11.12 - Ve 09.11.12
Organisation: CPS
Direction du cours: Georges Maeder, 29, rue des Pins, 2800 Delémont, tél: 032 422 86 37, ou Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
Intervenants: Daniel Maggetti, Directeur du Centre de recherches sur les lettres romandes, Lausanne; Christine Le Quellec-Cottier, Université de Lausanne; In Koli Jean Bofane, écrivain, Bruxelles; Laurent Moosen, Service de la promotion des lettres, Bruxelles; Georges Maeder, FIPF
Frais: CHF 430.00
Date limite d‘inscription: 3 septembre 2012

La classe 3.0 (BMR)

Le cours est en préparation, nous vous informerons dès que les intervenants et les lieux auront été fixés. Le cours est toujours prévu pour la fin 2012.
   

Mathias ENARD (CZ)

C’est le vendredi 18 mai dernier que Mathias ENARD a présenté à un public relativement clairsemé aux journées littéraires de Soleure quelques-unes de ses œuvres, dont Zone, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, ainsi que sa dernière publication :  L’alcool et la nostalgie.
Ce sont ses deux derniers livres qui auront été l’objet principal de cette lecture. Deux livres très différents, tant dans leur contenu que dans leur contenant. Si le premier est un travail de longue haleine, parsemé de recherches historiques précises en vue de vérifier la vraisemblance de la fiction imaginée à partir d’une anecdote trouvée au détour d’une ancienne biographie, le second est le produit d’une émission radiophonique au long cours diffusée quotidiennement lors d’un voyage sur le Transsibérien entre Moscou et Vladivostok.
Les éclairages apportés par l’auteur ont permis à son auditoire de mieux comprendre les tenants et aboutissants de son travail d’écriture. Ainsi, si l’histoire du voyage de Michel-Ange à Constantinople en 1506 en vue de la construction d’un pont en pierre au-dessus du Bosphore reste historiquement controversée, rien ne permet de dire a contrario que l’illustre artiste n’y soit pas allé. Et c’est bien parce qu’il est impossible de prouver que Michel-Ange n’est pas allé à Constantinople que Mattias Enard lui a fait faire ce voyage, rencontrer ces artistes, vivre cette aventure.
Pour ce qui est de sa dernière publication, elle s’inspire d’un voyage effectué en 2010 avec plusieurs autres artistes entre Moscou et Vladivostock sur la ligne du Transsibérien dans le cadre de l’année France – Russie. Les pièces radiophoniques, écrites au jour le jour et diffusées quotidiennement sur France Culture lors de ce voyage auront servi de base à l’histoire de Mathias, écrivain français, accompagnant le cercueil de son compagnon russe dans son village natal de Sibérie et faisant ressortir l’âme russe à travers ce voyage improbable et littéraire.
L’ASPF, dans le cadre de ses cours de formation continue, aimerait inviter Mathias Enard fin 2013 afin de proposer à ses adhérents un cercle de lectures dans diverses classes et écoles. A l’heure actuelle, il nous est encore impossible de confirmer quoi que ce soit, mais les premiers contacts nous font entrevoir l’avenir de manière optimiste.
   

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